Lise Couzinier

artiste plasticienne – photographe

Texte d’Iléana Cornéa

Lise Couzinier, une rêverie aquatique

Poète, sculpteur, ou peintre, l’artiste se dévoile par énigme. Il va droit au but, mais ce qu’il donne à voir, c’est la métaphore, l’œuvre, l’élévation et le détachement de soi, une offrande adressée à ses semblables.

En volume, en organdi blanc, pictogramme en quatre dimensions Blanche dérive signe et trace la position artistique de Lise Couzinier. Dès son enfance rêve à des pays lointains : « Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche/ Un bateau frêle comme un papillon de mai/ D’où est ce que je viens se demande Rimbaud ? »

En 2006, elle réalise à plusieurs mains des sculptures représentant des plongeurs peints en  » bleu azur « . Elle les présente dans une position ambiguë, le tronc sortant ou s’enfonçant dans la terre. Leur l’aspect inquiétant est accentué la nuit lorsque derrière leurs lunettes étanches, des lumières émettent des signaux.

À travers un œil, inondé d’eau comme dans un verre de saké, l’image d’un magnifique danseur en mouvement apparaît, les effets mystérieux du clair obscur créent la magie.

Lise laisse de côté la térébenthine, l’huile et les pinceaux. De la peinture, elle garde les couleurs et la lumière, en se servant d’objets à forte puissance symbolique et évocatoire : le bateau, les rames, les larmes.

Pour la pièce Paloma d’Aline Schulman, elle montre et cache à travers la transparence du voile, le visage de la mort mais c’est Isis qui aura le dernier mot : ‘Je suis tout ce qui fût ce qui est, ce qui sera et aucun mortel n’a encore osé soulever mon voile. » Métaphorisée, trouble, frelatée, noire ou vive, l’eau est la véritable substance de son travail, l’eau, « organe du monde… médiateur plastique entre la vie et la mort » Bergson en scrute les secrets.

Photos, vidéos, dessins, installations, un seul vœu alimenté par des séquences de conscience, l’artiste situe l’être humain au croisement des possibles.

La figure du clandestin en est emblématique, le clandestin, de l’Arabe « harrãga ».

 » … De l’arabe nord-africain, ce « qui brûle » ou clandestin.
 Cette calligraphie arabe nous parle du clandestin, du passeur de routes, de frontières, de celui sans cesse en quête de meilleur lendemain.
Le clandestin c’est celui qui brûle les codes, les chemins, les cartes, fait feu de tout bois, le courageux qui n’a peur de rien pour gagner une terre promise et un avenir plus confiant. Il n’a souvent pour seul bagage que sa témérité, son inconscience et sa folie. C’est une tête brûlée.
Comme un Icare moderne qui sans foi ni loi, affranchi de tout et prêt à tout, brûle ses ailes de cire en s’approchant de trop prés du soleil. Jouer son va-tout pour l’ailleurs”. (Le rêve a changé d’endroit, texte de Bérengère Chamboissier du cycle intitulé L’eau est elle la même des deux côtés du bateau?).

L’art tourné vers les autres, art sociétal faisant écho au travail initié par Joseph Beuys qui déclare « le seul acte plastique véritable consiste dans le développement de la conscience humaine. »

Son exposition intitulée Ela & Dimitri inspirée des performances de Sophie Calle, couronne cette œuvre construite de fragments poétisés de prise de conscience.

Est-ce que l’amour serait la consolation du désir vital ? Est-ce que l’amour serait le moteur du désir de création ? Est-ce que l’amour serait l’ultime espérance de l’être humain ? Sa réponse concrète c’est une anamorphose intitulée Cocktail. Sur les parois d’un verre rempli d’une décoction d’un vert saturée, parois argentées et lisses, spéculaires comme l’eau figée apparaît la reproduction de l’odalisque d’Ingres, miroir divinatoire éludant la vérité.

De l’œuvre de Lise Couzinier, il en ressort une esthétique de l’absence, dont la couleur verte, couleur des eaux troubles, de la vision nocturne, de l’angoisse, du territoire sacré de l’éternelle Ophélie, s’avère être son fil conducteur. Semblable au fil rouge de l’intrigue freudienne, de l’amour courtois, le fil conducteur de toutes ses histoires de bateaux, de traversée, de scaphandre, des abysses marins, de recherche d’emploi tente l’esprit à poser une question : Que peut-on espérer ?

Texte © Ileana Cornea, Paris, mars 2014

 

LISE COUZINIER, AN AQUATIC REVERIE

Poet, sculptor or painter, the artist is revealed in riddles. She goes straight to the point, but what she gives to see is the metaphor, the work, the rising and self-detachment, an offering made to her fellows.

In volume, in white organdie, a pictogram in four dimensions, White drift signs and tracks the artistic position of Lise Couzinier. Since her childhood, she dreams of remote countries: « A cowering child, full of sadness, lets/A frail boat go, like a butterfly of May/. » Where do I come from, wonders Rimbaud?

In 2006, she creates, with the help from others, some sculptures showing divers painted in « azure blue ». She presents them in an ambiguous position, the trunk exiting or sinking into the earth. Their disturbing appearance is accentuated at night when, behind their goggles, lights emit signals.

Through an eye, flooded with water, like in a glass of sake, the image of a beautiful dancer in motion appears, the mysterious effects of chiaroscuro create magic.

Lise leaves aside turpentine, oil and brushes. From the paint, she keeps the colours and the light, using objects with a strong symbolic and evocative power: the boat, the oars, the tears.

For the play Paloma by Aline Schulman, she shows and hides through the transparency of the veil, the face of death but there Isis will have the final word: ‘I am all that has been, and is, and shall be, and my robe no mortal has yet uncovered’. Metaphorized, troubled, adulterated, black or white, water is the real substance of her work, water, « organ of the world … plastic mediator between life and death » Bergson scrutinizes its secrets.

Photos, videos, drawings, installations, one wish powered by sequences of consciousness, the artist places the human being at the crossroads of possibilities.

The figure of the clandestine is emblematic, the clandestine from the Arabic « harrãga ». …

« From the North African Arabic, « the one who burns » or clandestine. This Arabic calligraphy speaks of the clandestine, the road and border smuggler, who constantly goes in search of a better tomorrow. The clandestine is the one who burns the codes, the roads, the cards, makes the most of what he has, the brave who does not fear anything to earn a promised land and a more confident future. His only luggage is often his rashness, his thoughtlessness and insanity. He is a hothead. Like a modern Icarus fearing neither God nor man, freed from everything and ready for anything, burns his wings made of wax, approaching too close to the sun. Staking his all for elsewhere ». (The dream has changed location, text by Bérengère Chamboissier from the cycle entitled Is water the same both sides of the boat?).

The art turned to others, societal art echoing the work initiated by Joseph Beuys who declares « the only genuine plastic act consists of the development of human consciousness ».

Her exhibition entitled Ela & Dimitri, inspired by the performances of Sophie Calle, crowns this work built from poetized fragments of awareness.

Would love be the consolation of the vital desire? Would love be the driving force of the desire of creation? Would love be the final hope of the human being? Her concrete answer is an anamorphosis entitled Cocktail. On the inside of a glass filled with a decoction of a saturated green, silver and smooth walls, specular like frozen water, appears the reproduction of the Odalisque by Ingres, divination mirror eluding the truth.

From the work of Lise Couzinier, stands out an aesthetic of absence, from which the green colour, the colour of troubled water, of night vision, of anxiety, of the sacred land of the eternal Ophelia, turns to be the main thread.

Similar to the common thread of the Freudian plot, of the courtly love, the main thread of all his boat stories, of crossings, diving suit, marine abysses, of job search, the mind is tempted to ask a question: « What can we hope for? »

 Text © by Ileana Cornea, Paris, March 2014.

Translation © by Nathalie Letullier, http://www.oui-dizajn.si

Publicités

Information

Cette entrée a été publiée le novembre 3, 2013 par dans TEXTE / TEXT, et est taguée , , , , , .
Copyright Lise Couzinier

Visites

  • 20,845 visites
%d blogueurs aiment cette page :