Lise Couzinier

artiste plasticienne – photographe

Les plongeurs de l’imaginaire (2006)

plongeur©LiseCouzinier

Capture d’écran 2014-05-02 à 17.25.29Capture d’écran 2014-05-02 à 17.25.18Les plongeurs de l’imaginaire

Trois sculptures de « plongeurs » véhiculent l’idée d’un va-et-vient entre le réel et l’irréel, ils représentent cette frontière mince et subtile que chacun a. L’humain fait d’incertitudes et de certitudes s’est avéré pour moi un choix pertinent quant à illustration de ce passage étroit. Ces sculptures éclosent de terre, évoquent à la fois l’intrusion, la simple curiosité, l’hallucination, l’étonnement ou bien l’émerveillement. Tout reste une question de point de vue ou d’appréhension face à l’inconnu et à notre capacité à voir les choses d’un bon ou mauvais côté. Ils témoignent des possibles, de la non limitation de l’esprit qui a la faculté de pouvoir se déplacer où il le souhaite. Une telle réalisation dans le cadre d’un établissement psychiatrique n’est pas neutre…
Note sur les ateliers :
Jocelyne, Eric, Christian, Yves, Jacqueline et Marie-Josée sont autant de prénoms devenus familiers au fil des ateliers. Autant de teintes, d’énergies, de formes et de couleurs singulières. Toute une palette nouvelle s’offrait à moi avec une multitude d’expressions à expérimenter.
Comment faire pour immerger ces personnes dans mon univers artistique. Toute une aventure. Nous avions besoin en premier lieu d’un plan pour nous guider dans notre projet. À l’aide de feutres et de crayons de couleurs nous avons fait le tour de notre future histoire. Et nous voilà partir sur les chemins de la diversité plastique autour de la conception de notre idée. Des moulages, des assemblages, des bandages, du grillage et de la colle à papier peint multi-usages. Autant de traces laissées pour mieux nous repérer dans cette carte aux sentiers mélangés…
L’objectif à atteindre étant de concevoir des sculptures de « nageurs bleu azur » mystérieusement sorties du sol pour respirer. Une expérience basée sur le corps, corps d’aventuriers mis à l’épreuve, modèles essoufflés. D’abord la main, le bras puis le cou ! Comme si l’on touchait la surface de l’eau avec l’index, juste pour la goûter, puis y plongeant la main pour s’y amuser, puis le bras tout en laissant son corps disparaître dedans. Il aurait été plus facile que l’eau reste à l’état liquide. Mais, l’eau se durcit, le corps se rédit, les membres lourds et oppressés s’agitent et se cassent. « Quelle idée folle d’artiste, le moulage ! »
Tant que la nuance d’Éric avec la teinte d’Yves, et la ligne de Christian avec les courbes de Jacqueline s’accordent et que l’effet s’emplit d’émotions même en suivant les hors-pistes de la création. Chaque étape a son utilité, chaque palier sa compréhension, chaque pause son efficacité et l’eau apparaît comme liant vital de la composition.
Présentation de l’avant-projet des « Plongeurs » à l’Espace Culture, Marseille.
 Capture d’écran 2014-11-08 à 13.25.49 Capture d’écran 2014-11-08 à 13.26.17 Capture d’écran 2014-11-08 à 13.27.01
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These “divers” convey the idea of a go to and fro between real and unreal, they represent this thin and subtle border that each one has. Human beings, made of uncertainties and certainties, happened to be for me a relevant choice to illustrate this narrow path. The divers of the imaginary, as I name them, mean by their colors the element Water but also Sky. Thus “the true sky, it is that you see at the bottom of the sea” puts the question of the sight. These sculptures hatch from the ground, evoke at the same time the intrusion, the simple curiosity, the hallucination, the astonishment or the amazement. Everything remains a question of point of view or apprehension in front of the unknown and our capacity to see things from the good or the bad side. These divers of oblivion, as I also name them, raise in us questions about unconsciousness, mystery. What did they explore underground, what did they see ? What do they have to tell us ? They give evidence of possible, of the lake of limitation for the spirit that can go where it wishes. Such a realization within the framework of a psychiatric establishment is not neutral. That will thus be the patients who will catch all the daydream around the project, their sight will be thoses of the plungers.Workshop :

Jocelyne, Eric, Christian, Yves, Jacqueline and Marie-Josée are as many first names that I became familiar with the passing workshops. As many special shades, energies, forms and colours. A whole new palette was offered to me with a multitude of expressions to be tested.

 How to get these people immersed in my artistic world ? A big adventure. First of all, we were needing a map to find our way in our project. Using felt pens and colouring pencils we went round our future story. And here we are, gone on the road of plastic diversity around the conception of our idea. Mouldings, assemblages, bandages, grid and wallpaper glue multi-usages. As many traces left to better find our ways in this map with with mingled paths. The objective to reach being to conceive sculptures of blue azure swimmers mysteriously rising from the ground to take a breath. An experiment based on the body, bodies of adventurers put to the test, models out of breath. First the hand, the arm then the neck ! As if one touched the surface of water with the index, just to taste it, then plunging the hand to have fun, then the arm while allowing the body to disappear inside. It would have been easier if water would remain in the liquid state. But, water hardens, the body stiffens, the heavy and oppressed limbs get restless and break “What an insame artist’s idea, the moulding !”

 As long as the shade of Eric with the colour of Yves, and the line of Christian with the curves of Jocelyne get together well and that the effect gets filled up with emotions even it’s the off-pistes of creation. Each step has its utility, each floor its understanding, each pause its effectiveness and water seems the vital binder of the composition.

Interview Pr Naudin

TOTEM OU TABOU

Transcription d’une interview avec le Pr. Naudin, Chef de service au département de Psychiatrie de l’hôpital Ste Margueritte sur l’oeuvre de Lise Couzinier « Le vrai ciel, c’est celui que vous voyez au fond de l’eau » ou « les plongeurs de l’imaginaire ».

Sur le choix de l’artiste et de son projet… Le thème du nageur dans le projet de Lise m’a semblé amusant pour le projet architectural souvent appelé le bateau. Mettre des nageurs autour d’un bateau ne me paraissait pas illogique, bien que l’association d’idées soit très superficielle. (A propos de superficialité …) Le projet architectural avait pensé à bien des dimensions du bâtiment, la transparence, le volume, la hauteur, la répartition fonctionnelle des lieux, etc. Le projet des nageurs de Lise questionne une dimension de l’espace laissé en suspens par les architectes, celle de la surface. Le nageur est à moitié là en surface parce qu’il est à moitié en dessous. C’est passionnant, c’est tellement métaphorique. Ces plongeurs sont une métaphore du statut de l’inconscient (et pour cette raison ils peuvent être mal perçus, voire même rejetés), ils présentifient le symptôme, l’inconscient, le machin, quelque chose qui fait retour, ressort à la surface, devient évident, sous les yeux de tous comme la lettre volée d’Edgar A. Poe commentée par Lacan. J’aime bien ces corps à demi-invisibles, enterrés pour les uns, iceberg pour d’autres, nageurs pour la plupart. C’est tellement fort dans un lieu comme ici et si ça dérange, après tout c’est ça la fonction de l’art, c’est de déranger, de questionner, de rendre meilleur en dérangeant.

Appréhension soulevée par le projet artistique… Certains soignants craignent des réactions de peur de la part de nos patients schizophrènes devant des « demi-corps ». Jusqu’à présent, la réaction des patients qui participent aux ateliers semble infirmer ces craintes. Aucun d’eux ne voit des demi-corps effrayants mais une création artistique. Je pense que quand les sculptures seront installées, la plupart des patients vont se régaler, comme nous. On projette des choses sur les patients en psychiatrie en les pensant, a priori, différents. On s’interroge peu sur ce que nous pouvons avoir en commun.

Art et thérapie… J’ai un jugement plutôt négatif de l’art thérapeutique. Je me refuse à penser que l’art puisse servir à quelque chose. Justement, parce que ça ne sert à rien, que ça échappe à un esprit de système, l’art apporte quelque chose aux patients et notamment aux quatre patients qui ont régulièrement participé à l’atelier. L’objet lui-même (la création) apportera plus tard un souffle de liberté. Cela ne rendra certainement pas le bâtiment plus profond ou plus beau mais le rendra meilleur.

L’art n’a pas de finalité, il est là pour questionner. Toutefois, je peux considérer la création artistique comme une médiation, un processus porteur de quelque chose de réparateur, mais à condition de pouvoir être fracturée. Pour fonctionner, le projet de médiation artistique ne doit pas être a priori déjà incassable, déjà défini et déjà parfait. J’aurais été très inquiet de voir arriver un projet fini. Là ce n’est pas fini donc ça peut continuer. En mieux ou en plus mal, ce n’est pas le plus important. Pour qu’un patient puisse se projeter dans un projet de création ou une œuvre, il faut que ça puisse être en miettes, car ce qui est intéressant c’est de rassembler. On ne peut réparer que ce qui est en miettes. C’est le fait d’être en miettes qui compte pour que ça puisse être une médiation. Les plongeurs, ces demi-personnes qui sont toutes bleues et qui parlent avec leurs yeux ont toutes les caractéristiques voulues pour inciter à se projeter dans l’œuvre et vouloir la réparer, la rassembler.

Les retours sur les ateliers… Je ne suis pas allé à l’atelier, par manque de temps certes, mais aussi par décision personnelle. Comme je le disais, je ne pense pas que l’art soit une pratique thérapeutique, je ne pense donc pas que ce qui s’y passe regarde le psychiatre. Ce qui prime pour moi c’est le contact de l’artiste avec les patients. Or, les retours que m’en font les patients sont plutôt enthousiastes. Christian, que je vois tous les quinze jours, me parle régulièrement de Lise et du travail qu’il fait. De plus, il fait des comparaisons avec les autres activités qu’il pratique et il trouve ça mieux que le reste parce qu’il peut dire ce qu’il veut, on accepte son originalité, on l’accepte tel qu’il est.

Totem or taboo

On the choice of the artist…

When Lise Couzinier came to present her project, there were two things that I liked immediately. There was her style to be, as a person, with a vivid spontaneousness that could help to communicate with the patients. Then and especially she did not want to use the patients for her work, she regarded their contribution as an essential part in her project. It is something she had insisted spontaneously. It also seemed to me that her desire to carry out this project, was a part of her work in a more profound way, more historical. It seems that she would like this experience, we had the impression that she would make something specific, and at the same time made by her and for a place with an aim. Therefore I considered it was a sincere artistic approach and that was this sincerity I liked.

And of her project…

 The theme of the swimmers in Lise Couzinier project was funny for the architectural project often called the boat. To put swimmers around a boat did not sound illogical, although the association of idea is very superficial. (In connection with superficiality…) The architectural project had thought of many dimensions of the building, transparency, volume, height, functional distribution of places etc. The swimmers of Lise Couzinier question a dimension of the space left out by the architects, the surface. The swimmer is half there because it is half hidden under. It is fascinating, it is so metaphorical. These divers are a metaphor of the status of the unconscious (and for this reason they can badly be perceived and even rejected), they represent symptom, the unconscious, the thing, something that comes back, arises on the surface, becomes obvious, under the eyes of all like the stolen letter of Edgar A. Poe commented on by Lacan. I like these bodies half invisible, buried for some, iceberg for others, swimmers for most of us. It is so strong in a place like that one and it they disturb, after all it is the function of art to disturb to question, to make better by disturbing.

Apprehension raised by the artistic project…

Some of the medical staff are afraid that it could raise reaction of fear among the patients on the basis of associations of idea like “it is building for the schizophrenics but the schizophrenics feel their body parceled, they will be very afraid to see half body”. Until now, the reaction of the patients who take part in the workshops seems to invalidate these fears. None of them see half frightening bodies but an artistic creation. I think that when the sculptures will be installed, the majority of the patients will enjoy them, like us. One projects things on the patients in psychiatry by thinking they are, a priori, different. One wonders little about what we can have in common.

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Cette entrée a été publiée le décembre 24, 2013 par dans ATELIERS / WORKSHOP, OEUVRES / WORKS, et est taguée , .
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